POÈMES 1994 – 2020 |
Cette envie de passer la main à travers, pour sentir, pour faire glisser la nappe du meuble rouge, forcer le temps pour qu’il sache enfin le tumulte où il nous tient ! Saisir le peintre dans le silence de l’œil et puis, savoir enfin marcher sur les tessons du jour, sourire au-delà, comme après un bombardement, ne pas se contenter d’être la mort qui marche ! * Dans ma chambre bouddhique, je fais un feu de toi, mon peintre, je me drape de tes senteurs musquées, à l’ourlet de tes nappes, je m’éclaire de tes lampes chinoises, j’ouvre l’armoire intime où se cachent les flacons d’huiles grasses, je profane le repos où t’a couché la camarde poussive. Si tu ne tends plus l’oreille à mon désordre d’être, descelle-moi le temps sous la croûte de tes douleurs ! On est couleur de temps. " Rythme de ce père artiste et le long poème qu'il lui consacre, entrecoupé de prose poétique et de grands silences rêveurs au coeur des pages, n 'est qu'une "exploration" à la rencontre d'une oeuvre et, derrière elle, d'un père. " Jehan DESPERT | LE DÉSESPOIR DU PEINTRE ![]() L'Arbre à Paroles Amay, 1994 64 pages | |
AVENUE DU SILENCE ![]() L'Arbre à Paroles Amay, 1995 152 pages | Au fond c’est le gravier qui roule le bruit de vaisselle du souvenir * Le tram vient de passer à travers la pelouse jonchée de tout petits carbones on entendrait crier les coques de ces vitraux rapetissés si l’on prêtait la voix aux gravillons qui cloquent au bout de nos souliers * Morts Nous sommes ces marrons pétés Sur la poêle brûlante Du silence ambulant | |
| Ne me lis pas comme ça j’ai l’air de griller nu dans le fumoir secret des jours | ÉCRIRE À PETIT FEU ![]() Le Non-Dit Collection "Boîte aux Lettres" Bruxelles, 1993 72 pages | |
LA ROUTE DES ÉPICES ![]() L'Arbre à Paroles Amay, 2004 116 pages | Il y a les épouses Derrière le mur Retour à lRetour à la On y pense en couvrant La vitre Du crépuscule, Le frôlement jouxte La caresse * Le sable et puis encore Ailleurs et puis c’est tout L’âme est une fragrance comme les autres Qui vole Et bavarde après soi Dans la bouche du vent | |
Le 22 janvier Un appel résonne longuement si longuement alors que j’embue le carreau d’une plainte muette ne bougent que les lèvres de la mer sur les miennes * Le 18 mars Le sel de la femme et le sel de la mer me font comme un imperceptible fumet d’exister * Le 7 juillet Et si le vent couvre ma voix c’est pour me signifier le chant des heures Autant
de poèmes que de jours passés au bord de la mer, dans une relation
fusionnelle avec le paysage, l'eau et le sable, le soleil et le remous
des vagues. Les textes sont brefs, mais le ton est familier, sans
emphase, presque à l'état brut. Enfin, le recueil La Route des épices
(L'Arbre à paroles), plus sobre et contenu dans l'émotion sensuelle,
livre le portrait contrasté d'un « Diogène têtu », arpentant
« la rue deslivres » avec ses mots d'homme, disant l'amour
qui vibre, intense et intact, vers « l'orchidée d'une
femme ». Sur la braise des pierres / à midi (...) Immobile / Et
comme privé de gestes / Le temps / Ferme les yeux sur la durée. Marie-Clotilde Roose Le Mensuel littéraire et poétique Publié chez « Textes et Prétextes », le recueil de Michel Joiret ne se limite pas au texte mais est aussi le prétexte de photos, prises par l'auteur lui-même, et de superbes dessins d'Edmont Pierret. Le tout centré obsessionnellement sur la mer, ses multiples visages et les innombrables métaphores qu'elle peut engendrer. Et Joiret ne nous en prive pas ! Son imaginaire, débordant, épousant toutes les marées, même les plus débridées, nous conduit le long des vagues et des vagues à l'âme avec une sincérité - et une maîtrise en même temps - qui ne laisse aucun répit au lecteur. Depuis l'hiver sentimental des plages glacées jusqu'aux heures déchirantes des valises qui meurent sur la digue, rien ne nous est épargné de la souffrance du poète qui offre à la mer l'immensité de sa solitude, ses déroutes, ses appels sans écho, tout en lui demandant en retour une liberté sans limites, la liberté de dire le fond, d'avouer sa nausée, ses vertiges, son incurable « mal de mer ». Mais toujours avec cet art de la trouvaille lumineuse sur le sable, dans l'écume qui mousse, au milieu des mouettes voraces et splendides. Ce mal de vivre, si crûment ressenti, ce manque d'amour, cette vie de reclus, de moine devant la mer (et l'on ne peut s'empêcher de penser au fameux tableau, si mélancolique, de Friedrich !) offrent paradoxalement à l'auteur l'occasion, la chance peut-être, de tirer de son sac d'arpenteur des images sensationnelles, dignes de nos grands aînés surréalistes, Chavée en tête Michel Ducobu Reflet de chez nous. | LES TROIS CENT SOIXANTE-CINQ VISAGES DE LA MER ![]() Illustrations d'Edmond Pierret Photographies de l'auteur Textes et Prétextes Wavre, 2004 ISBN 2-930361-2 | |
LES ANNÉES LUMIÈRE ![]() Le Cygne Paris, 2011 ISBN : 978-2-84924-195-0 62 pages | "Je m'en remets à La précarité des cartes Au trèfle à quatre feuilles Et à l'as de carreau Pour le coeur il n'est d'autre Engagement Que de battre le jeu Pour en tirer la dame Du recommencement". On pourrait
prendre pour du cynisme, ce qui n'est sans doute que le tatouage
du désespoir ou un constat de solitude. Mais je sais qu'un jour,
lors d'une donne heureuse, Joiret est tombé à pic sur une dame de
coeur qui ne l'a pas laissé depuis sur le carreau. Présentation de l'éditeur. Le temps, la vie en écharpe, l'incomplétude du vécu, la nostalgie d'une enfance pas toujours épargnée par les privations, les désillusions, la mer qui est consubstantielle au poète, autant que le désir (la mer dont les laitances sont des poèmes), la femme, une femme, voilà qui constitue pour moi l'essentiel d'une démarche poétique, que je qualifierai, sans trop de risques, d'existentielle. Gérard Cléry. | |
« Il y a quelque chose qui fait penser à des bonbons qu’on a envie de laisser fondre sur la langue du diable. Des mots à sucer, à rêver, à enfermer dans une boîte à malice. Juste pour le plaisir de les ressortir de temps en temps. Et de les faire rôtir au milieu d’un champ de pâquerettes, puis de les déguster dans le contraste d’un éclat de couleurs. Ronger les os de la douleur, planter nos griffes dans la chair tendre et en extirper la sève. Tout doucement. » Nadine Monfils Cela fait quelques décennies que l'on traite les Belges d' « irréguliers du langage ». Ou de surréalistes si l'on songe à nos irréguliers de la politique ! Est-il donc interdit de s'amuser ou plus simplement encore de rigoler un coup ? Notre ami et très sérieux intellectuel Michel Joiret vient de publier le recueil dont nous avions extrait quelques maximes bien frappées. « Les patates », titre qu'il complète par « et autres tubercules de la pensée ». La romancière Nadine Monfils préface fort bien le recueil, même si je regrette un peu qu'elle insiste sur la tendresse et gomme un peu le plaisir. Je tiens à sauvegarder le rire sous le sérieux autant que le sérieux sous le rire communicatif du poète qui oublie si bien son habituel ton de prof. Et n'oublie pas, lui, l'autodérision : « Si j'avais un jour écrit une seule phrase intelligente, ça se saurait ». Moi, je sais ! Paul Van Melle, Inédit Nouveau n° 253 Après avoir coiffé plusieurs casquettes (romancier, poète, essayiste, critique littéraire...), l'auteur s'essaye cette fois au jeu du moraliste. Passant ainsi de l'impudeur du romancier à la litote de l'aphoriste, ce qui, selon le connaisseur Henry de Montherlant, serait du gand art par excellence... On veut bien le croire en parcourant le petit champ de patates planté avec maîtrise et jubilation par notre cultivateur prodigue. Qu'on en juge par les quelques tubercules que nous allons laisser germer avec soin sur un rayon de notre bibliothèque : J'ai moins d'ennemis parmi les gens qui me trouvent anthipathique. II faudrait quand même dire un jour ce qu'on pense à ceux dont on est sûr qu'ils pensent comme vous. L'écriture est un vêtement d'été qu'on porte quand il fait froid Les femmes à qui on n'a pas fait l'amour ne nous consolent guère de celles à qui on l'a fait trop longtemps. Je veux bien mourir à condition d'éteindre moi-même la bougie Mon pays n 'existe plus et comme je ne suis pas d'ailleurs, il me faut bien rêver pour exister Des pensées au ras des patates ? Elles auraient plutôt de la hauteur et du volume, ces belles farineuses qui vous entartreraient de purée les bavards et les précieux de tous bords. Merci à Joiret, l'auteur de ces légumes ! Michel Ducobu, Reflets Wallonie-Bruxelles Présentation par Thierry-Pierre Clément à l'Espace Delvaux de Watermael-Boitsfort le 20/10/2011. | LES PATATES et autres tubercules de la pensée ![]() Le Cygne Paris, 2011 ISBN : 978-2-84924-238-4 54 pages | |
MATIÈRES GRISES ![]() Opium éditions Paris, 2012 ISBN : 978-2-9540763-0-0 202 pages avec des photographies de Thomas Joiret & Romain Maillet Préface de Werner Lambersy www.opium-editions.com | "Le silence a des Graphies élémentaires Toutes poisseuses de Ces taches qui Paraphent au pied des Eaux L'herbe de nos Dérachements" Il
est donc temps de dire, ici, combien Michel et Thomas Joiret ont, dans
cette (ré)partition à deux entre poèmes et photos, entre échos croisés
du dedans et du dehors l'un vers l'autre, pris le risque et gagné le
pari de faire entendre, voir et découvrir ce que chacun croyait
connaître et savoir de soi, et des paysages en soi, souvent si
familiers, que d'habitude notre confort et la peur de le perdre nous
les font parcourir aveugles, sourds et muets. Werner Lambersy, extrait de la préface. Aujourd'hui, je mesure clairement ce que mon écriture doit à "la mère-mer", qui n'a jamais cessé de couler dans mes encres. Si les hommes du Nord se taisent plus souvent que leurs voisins du Sud, c'est peut-être que la mer leur a coupé la parole et que les mots du quotidien pèsent plus lourdement leur poids de sel. Michel Joiret, extrait de l'avant-propos : "Des Bottes de Marin". | |
Pressé d'en découdre avec Le fil du temps Je fais claquer d'un talon Fort Le chemin des aiguilles | PROPOS D'INQUIÉTEUR ![]() Le Cygne Paris, 2013 ISBN : 978-2-84924-334-3 90 pages | |
NOIR COMME LE MELON DE MAGRITTE ![]() Éditions Le Coudrier Mont-Saint-Guibert, 2020 ISBN : 978-2-39052-008-5 62 pages | "Pays sans grâce…
Relève donc le col de ton manteau La gare n’attend pas Dès que le train blèse on ne sait jamais où crayonnera le voyage Écris et quitte Abandonne et prends large De ce temps où oscille encore un tortillard au plus secret des terres Dans une jungle d’épicéas et de pins et de buissons ficelés d’orties qui flagellent au passage les vitres du wagon Me voici dans le lit du soleil Et c’est sur
cette note très juste que se termine l’évocation de cette Belgique,
tant de fois déchirée, tant de fois occupée à manger ses propres
enfants, ou à les regarder s’entre-dévorer. Étonnant, bien sûr, qu’elle soit toujours là, face au vent, face au temps, alors que d’autres pays, d’apparence plus solide se sont émiettés. Pays de culture originale, attentif bien sûr à la littérature française, qu’elle soit de chez elle ou d’ailleurs. Depuis les polders jusqu’aux collines boisés d’Ardenne et de Gaume, des charbonnages aux ardoisières, elle est bien placée, et Michel Joiret l’a fort bien senti, pour être un centre de culture européenne, ouvert à tous, et curieux des uns et des autres. Pays noir, bien sûr, mais aussi pays rouge comme une coulée de fonte, et pays vert comme l’espérance. Un tel pays, ça se mérite, et c’est un beau fleuron que voilà jailli du melon de Magritte. Joseph Bodson. | |